21.01.2012
Les Experts doivent désormais apprendre à perdre
C’est pas foutu, mais c’est tout comme. On ne va pas se le cacher, en se sabordant façon Concordia face à de bien braves (mais limités) hongrois, l’équipe de France de handball s’est enlisée toute seule dans une mouise sans nom qui devrait déboucher, sauf miracle, sur une élimination d’ici trois matchs. Je ne vais pas me lancer dans une explication mathématico-statistico-prophétique, mais plutôt résumer la chose très sèchement :
- Ce genre de miracle n’est encore jamais arrivé
- Ca n’arrivera pas ce coup-ci non plus
C'est dit. Au fond, c’est bien Didier Dinart (comme souvent), qui a raison : «Au lieu de parler de mathématiques, on ferait mieux de parler un peu handball.» Car voilà, maintenant que nos champions intergalactiques ont pris la plus grosse claque de leur carrière (non, l’Allemagne 2007 et le suppositoire des arbitres suédois ne rentre pas (! )dans cette catégorie) on peut commencer à tranquillement en papoter, sans irrémédiablement tomber dans un dégouli d’emphase.
Oui, la France a été particulièrement dégueulasse ce soir. En fait, elle a franchement été dégueulasse tout cet Euro, en partant des matchs de préparation contre la douteuse Norvège (éliminée pour de bon, elle), pour passer par la purge espagnole et finir sur ces Hongrois. C’est sans doute pourquoi cette défaite n’a pas surpris grand monde dans le contingent de journalistes dont le pays d’origine est celui de Nicolas Sarkozy pour quelques mois encore (et peut-être plus, qui sait?). Elle fut longue, douloureuse, un peu comme cette bière qu’on arrive jamais à finir alors qu’on a très envie de rentrer se coucher, mais pas vraiment surprenante.
En fait, on a compris qu’elle allait nous tomber sur le coin de la gueule quand par deux fois, au lieu de faire clairement comprendre aux Magyars qui c’était le patron au niveau de ce sport, les Bleus ont croqué la feuille. Une fois dans chaque mi-temps, les Bleus pouvaient prendre le large (+5, +4) mais ont décidé de pas le faire, juste pour le fun. Là où ils savaient habituellement enterrés leurs adversaires six pieds sous terre, les Experts ont failli. Difficile de trouver une explication. Le talent ? C’est le même que les années passées. La confiance? Il en faut plus pour ébranler une équipe qui a tout gagné. La chance? Peut-être.
Tant pis pour eux et tant pis pour nous, Français. J’ajoute aussi un tant pis moi, car la semaine qui arrive ne va pas être marrante à couvrir. Soyons francs, il n’y a quasiment plus d’intérêt sportif à cet Euro. Maintenant, la vraie question va être de savoir comment cette équipe, dont le mot échec ne fait plus partie du vocabulaire depuis une demi-douzaine d’années, va digérer ça. On a toujours entendu que les Experts sont des gens bien élevés, humbles et reconnaissant du travail des autres. Personne ne le conteste. Il n’empêche, c’est toujours plus facile d’être un bon garçon dans la victoire. A l’inverse, c’est souvent dans la défaite que les (mauvais) caractères se dévoilent.
Car voilà le vrai défi de nos Experts, et de Claude Onesta en particulier: faire en sorte que son équipe n’explose pas en vol après cette bien triste étape serbe. Faire en sorte que tous les petits non-dits, toutes les rancœurs, toutes les frustrations ne prennent pas le dessus. Se parler, c’est une chose. S’étriper, s’en est une autre, et ça n’amène jamais rien de bon. A six mois des J.O, l’équipe de France ne peut pas se permettre de tout remettre en cause ou de vivre dans un climat de défiance généralisée. Mais ça, les Experts sont bien trop intelligents pour ne pas le savoir.
Finalement, on pourrait résumer d’une bien belle morale ce chapitre de l’histoire des Experts: Savoir gagner, c’est sans doute bien plus facile que de savoir perdre. A eux de prouver dans les matchs qu'ils leur restent qu’ils sont aussi les meilleurs dans la défaite.
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