17.01.2012
La défaite, une si belle chose
Sourire franc et lueur très singulière dans les yeux, Luc Abalo s’approche de nous et engage, presque triomphal: «Vous voyez, on n’est pas invincibles». Cette lueur, ce n’est pas de l’arrogance, non, loin de là. Mais plutôt quelque chose à mi-chemin entre fierté légèrement humiliée et défiance. Comme s’il cherchait à nous convaincre nous autant que lui-même. Comme si cette équipe de France avait besoin de cette défaite face à l'Espagne (26-29), non pas pour subir «une piqûre de rappel» comme le suggère Nikola Karabatic, mais juste pour voir ce que ça fait, finalement, de perdre. Comme si il leur était devenu nécessaire de redevenir enfin humains.
Cela faisait simplement trop longtemps qu’ils n’avaient pas connu ce sentiment. Depuis début 2009 et un match de poule face à la Croatie. D’ailleurs, qui s’en souvient aujourd’hui? Personne: dix jours plus tard, les Bleus prenaient leur revanche sur les bonhommes à damiers dans la fournaise de Zagreb, et en finale. La victoire est devenue routinière, monocorde, plate.
Je ne veux pas dire que les Bleus ont fait exprès de perdre. Ce n’est pas le cas. Mais la déception était simplement difficile à percevoir sur les visages quelques secondes après la rencontre. Pour plusieurs très bonnes raisons. D'abord parce que l'exigence de victoire qu'elle a elle-même créée est un fardeau terriblement épuisant à assumer. Ensuite parce qu’ils savent que s’ils ont en eux de quoi jouer la gagne à Belgrade dans dix jours, ils éviscéreront sauvagement tout ce qui va se présenter à eux. La Russie, la Hongrie et probablement la Norvège, l’Islande et la Croatie (en net recul) n’ont pas de quoi les inquiéter.
Et puis, surtout, parce que cette équipe n’est jamais aussi forte que quand elle est confrontée à un défi, à une contrariété, à un imprévu. En 2009, elle était seule au monde et privée de Didier Dinart contre six milliards de Croates. En 2011, elle a renversé toute la Scandinavie sans Guillaume Gille et Daniel Narcisse. Cette équipe a tout vu, tout vécu. Elle besoin de nouveaux challenges, de nouveaux paris. Celui de commencer une compétition physiquement très éprouvante en se tirant une balle dans le pied en est un vrai. Celui de donner rendez-vous à l’Espagne dans une dizaine de jours et de lui marcher dessus à Belgrade, aussi.
La défaite est le quotidien du sportif de haut niveau. Elle est saine, sage conseillère et ne se révèle douloureuse que si elle est suivie d’un autre échec. Les Experts doivent désormais faire avec. Et il va être très intéressant de voir si tous les deux peuvent cohabiter.
Bonne nuit à tous,
Bertrand
02:17 | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
15.01.2012
L'Euro, la compétition la plus dure
Sébastien Ostertag, ailier de l'équipe de France champion du monde en 2009 et d'Europe en 2010, nous explique pourquoi l'Euro, tant physiquement que qualitativement, est la compétition la plus difficile. Et pourquoi c'est un avantage pour les Français.
"Je me souviens à l’Euro 2008 en Norvège, nous jouions un match par jour. Comme je venais d’arriver à la place de Laurent Busselier qui était forfait et que le staff se doutait que j’avais un peu la pression, je n’avais pas joué du tout et Olivier Girault se tapait les matchs entier. Une heure de match par jour! Ce rythme nous avait obligé à faire évoluer le jeu de l’équipe. On met moins d’intensité, ou mise moins sur des attaques rapides et on a tendance à jouer plus placé.
Voilà pourquoi l’Euro est la compétition la plus dure. Même si la formule a changé aujourd’hui (un match tous les deux jours), on n’a jamais le temps de souffler. Vu que toutes les grandes nations du hand sont européennes, on est obligé de tout donner à chaque match. Ce qui ne pas forcément le cas au mondial ou aux Jeux Olympiques, où tu peux rencontrer – sans leur manquer de respect – des équipes comme l’Australie ou le Bahreïn qui te permettent de faire tourner et de reposer certains joueurs.
Psychologiquement, dans ce contexte, l’effectif de l’équipe de France doit faire peur à l’adversaire. Au poste d’arrière-gauche ou de demi-centre, par exemple, s’ils sont tous en forme, elle peut faire tourner Narcisse avec Accambray, Karabatic avec Gille ou envoyer Fernandez… Ca laisse beaucoup de choix et ça permet d’éviter la fatigue."
17:49 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Un Euro, quel Euro?

Bonjour à tous,
Ce samedi, vers 13 heures, la délégation française (joueurs et journalistes – et moi avec –) est arrivée à Novi Sad, là où les Experts vont – normalement – jouer leurs deux premiers tours de l’Euro. Enfin bon, c’est ce qu’on nous a dit. Car après avoir fait un tour dans les rues de cette très charmante morne ville serbe, la deuxième plus importante du pays derrière Belgrade, on a bien du mal à imaginer que le gotha du handball mondial s’y est donné rendez-vous. Un petit panneau électronique d’un mètre de haut affichant les heures qui nous séparent du match d’ouverture (Allemagne - République Tchèque dimanche à 16h), trois affiches collées sur les bars de la «Rue de la Soif» locale et basta.
Alors certes, me direz-vous, Novi Sad n’est qu’une des quatre villes co-hôte de l’événement. Pire encore, elle n’abrite pas les matchs de la Serbie. Et il faut bien avouer que depuis que cette dernière ne met plus un pied devant l’autre, le handball n’est plus tout à fait une institution ici. Mais quand même, quel manque d’engouement, quelle tristesse… Remarquez, ça me fait un peu d’expérience pour la Coupe du monde de foot 2022 au Qatar.
Sinon, nous avons eu l’occasion de visiter rapidement la salle dans laquelle la France affrontera l’Espagne (lundi), la Russie puis la Hongrie. Bien qu’un peu vieillotte, elle donne l’impression de pouvoir retenir l’ambiance, un peu comme la moquette au mur retient les odeurs de choucroute. Le plus gros problème, vous l’aurez compris, va encore être de la remplir…
Avant de vous quitter, une anecdote sympa, parce qu’après tout je suis quelqu’un de sympa: les vols Copenhague-Belgrade et Paris-Belgrade ayant eu la généreuse idée d’atterrir au même instant en terre serbe, les équipes de France et du Danemark – toutes deux finalistes du dernier mondial - se sont retrouvées nez à nez au contrôle des douanes. Si certains joueurs qui se fréquentent en club se sont salués cordialement, le moins que l’on puisse dire c’est que l’ambiance ne fut pas celle d’un pique-nique bucolique sur le Champ de Mars. Clarifions la métaphore: ce fut froid. Comme la météo, et comme la ville.
Demain, on voit les Bleus à l'entraînement,
à bientôt,
Bertrand
PS : Dès dimanche, vous pourrez retrouver sur ce blog les analyses de Sébastien Ostertag, ailier de Tremblay-en-France, champion du monde en 2009 et d’Europe en 2010 avec les Experts, et de Bruno Martini, ancien gardien légendaire de l’équipe de France. Ainsi que des vidéos insolites, des réactions de joueurs et plein d’autres trucs top cools…
00:49 | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note







